saumur sos justice

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Christian Gaudin sénateur de Maine et Loire , nommé Préfet des T.A.A.F. (terres australes et antarticques Françaises )

Préfet UMP : un coup contre l'Etat

La radicalisation du régime présidentiel et bonapartiste se renforce ; quelques nominations récentes prises en conseil des ministres préfigurent ce que serait un second quinquennat à partir de 2012, avec le même président mais assisté non plus de son gouvernement mais de son parti… à la tête de la haute administration de l'Etat.

Un billet du 16 février 2010, ayant pour titre «UMPéisation de la haute administration», attirait l'attention sur une circulaire du Premier ministre en date du 10 février appelant à recruter les cadres de l'Etat dans un nouveau vivier… «à l'extérieur de l'administration». L'idée venait tout droit de l'Elysée, du président et de son secrétaire général faisant office de «vice-président de la République». Le premier commentaire à ce billet était ainsi formulé: «Que c'est excessif !… L'UMP, c'est pas Pinochet non plus.»

Huit mois après…le commentaire fait sourire car le titre du billet n'a pas pris une ride. Au contraire… nous sommes entrés dans le concret… et là on ne sourit plus du tout.

Ce qui s'est passé au conseil des ministres du 6 octobre dernier est une première dans l'histoire de nos trois dernières Républiques: un parlementaire du parti présidenrence tiel a été nommé représentant de l'Etat, en l'occurence préfet.
D'ordinaire, des préfets, recteurs, magistrats, hauts fonctionnaires épousent la politique en «seconde carrière», suivant des règles précises et respectant, en général, un délai de «viduité» qui assure, au moins, une étanchéité républicaine entre le devoir de neutralité issu d'une nomination et une autre légitimité, alors partisane et quêtée dans les urnes. D'Edgard Pisani à Christian Blanc, en passant par Philippe Martin, Michel Vauzelle, Paul Masson et une quinzaine d'autres représentants de l'Etat, toutes opinions politiques confondues, la carrière précédait l'engagement électif national.
Cette fois, nous sommes retournés un siècle et demi en arrière, peut-être même soixante-dix ans seulement, lorsque les «cadres dirigeants» étaient choisis directement, et sans autre critère de compétence, parmi les adeptes du parti bonapartiste ou, au temps de la nuit, lorsqu'ils s'étaient encartés, préalablement, à une certaine «révolution nationale».
Les esprits malins du pouvoir présidentiel cherchent toujours la manière d'entrer par la fenêtre lorsque le portail est fermé à double tour.
Rien n'empêche, en effet, un représentant de la nation élu par le suffrage universel - même indirect - de jeter aux orties le mandat qu'il tient du peuple pour préférer la haute administration. Aucun texte… mais, depuis peu, cette invitation pressante à recruter «à l'extérieur», dans des proportions majorées mais légalisés par décret, les préfets, recteurs ou autres représentants de l'Etat; la circulaire du 10 février 2010 ne faisait que renforcer cet appel d'air vers les cimes du parti présidentiel! Il en va ainsi du passage du parti à l'autorité déléguée… comme le chemin le plus court allant de l'appartenance à ce «parti de l'ordre» à la promotion, pour certains responsables départementaux, dans l'ordre de la Légion d'honneur…
Seulement, il y a deux manière de servir l'Etat en «seconde noce»:
- de manière indépendante…c'est l'option retenue, lorsque l'on rejoint, en cours de mandat, une haute juridiction -par principe à l'écart de tout groupe de pression- et par extension la fonction exécutive d'une «autorité administrative indépendante»;
- ou de manière partisane… lorsque l'on quitte son mandat législatif pour une fonction unique et responsable de représentant de l'Etat, ce qui conduit non plus à l'indépendance mais à l'allégeance et au devoir de mémoire militante.
En choisissant de nommer préfet un sénateur de Maine-et-Loire, en cours de mandat, l'Elysée inverse le sens de la marche: il «politise» de fait la représentation de l'Etat mais il «étiquette» l'un de ses représentants: le nouvel «administrateur des Terres australes et antarctiques» est, qu'il s'en défende ou non, devenu… un préfet UMP.
Le processus suivi, dans l'usage d'un mandat électif et de l'appartenance au parti présidentiel, est d'autant plus choquant qu'il s'inscrit dans une démarche, devenue coutumière du détournement du suffrage universel et de la confiance que le peuple accorde à son représentant, pour une durée bien définie.

A tous les étages de la vie publique, s'entretient, depuis trois ans, ce jeu pervers du détournement de procédure en utilisant quelques variables d'ajustement: prolongation des missions de parlementaires UMP pour faciliter leurs démissions sans risque électoraux; des présidences UMP d'organismes extra-parlementaires à caractère lobbyste patent, confirmé par des interviews décomplexées, comme celle récente du président de  l'Office national des forêts, député et président de conseil général, reléguant l'acier, le verre et le béton au rang des matériaux du passé; des conflits d'intérêt qui ne risquent plus de s'interrompre après que l'une des membres de la commission chargée d'en apprécier la portée, et vice-présidente UMP de l'Assemblée nationale, se soit, elle-même, prêtée au serment d'avocat.

Et pour très bientôt, ce projet de loi et cette étrange procédure (voir le billet du 7 décembre 2009) qui consistera à faire voter les députés pour confirmer une désignation, en leur sein, de deux représentants, dont arbitrairement un UMP, devant siéger dans une autre assemblée légitimée par le suffrage universel direct (Strasbourg), à laquelle ils n'auront été ni élus, ni candidats !

Un régime qui s'écarte du bien commun, de l'intérêt général et qui use, au pas des bœufs mais avec constance et persévérance, de manière inodore et incolore, des armes et des techniques de «coup contre l'Etat». Denys Pouillard


03/11/2010

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